Pour la première fois depuis sa création, la Coalition Eau s’est mobilisée pour la COP Désertification et a fait le déplacement en aout 2026 à Oulan Bator pour porter ses messages sur les enjeux de gestion partagée de l’eau.
La participation de la Coalition Eau à cette COP s’inscrit dans la continuité de son engagement dans le processus préparatoire du Sommet International Désertif’actions 2026 et au Sommet lui-même (qui s’est tenu du 25 au 28 mars 2026 à Djerba en Tunisie). Voir article ici.

La COP désertification en quelques mots
Tous les deux ans, la Conférence des parties (COP) réunit les Etats signataires de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD).
La 17ème édition de la COP désertification s’est tenue du 17 au 28 août 2026, à Oulan-Bator en Mongolie. Dans ce processus, seuls les ministères sont négociateurs. Aucune décision contraignante n’est attendue.
Cette année, 2 thématiques prioritaires étaient identifiées :
- les sécheresses (et la gestion des ressources en eau dans ces conditions)
- le pastoralisme durable
Depuis la COP 16 en Arabie Saoudite, la COP désertification est composée de deux zones : une zone bleue accessible aux délégations pays et aux organisations de la société civile (OSC) accréditées afin de participer aux sessions plénières, aux négociations et à certains side-events officiels ; et une zone verte accessible au grand public et aux OSC permettant également d’organiser des side-events et des événements culturels.
Retour sur la CNULCD
La Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (regroupant 197 parties dont l’Union européenne), adoptée en 1994 et entrée en vigueur en 1996, vise à « lutter contre la désertification et atténuer les effets de la sécheresse dans les pays gravement touchés » (Article 2). Elle traite de sujets plus larges que la désertification. Les actions et la mise en œuvre de la CNULCD reposent sur un cadre stratégique couvrant la période 2018-2030, et structuré autour de 5 objectifs stratégiques :
- Objectif stratégique 1 : Améliorer l’état des écosystèmes touchés, lutter contre la désertification et la dégradation des terres, promouvoir la gestion durable des terres et favoriser la neutralité en matière de dégradation des terres.
- Objectif stratégique 2 : Améliorer les conditions de vie des populations touchées.
- Objectif stratégique 3 : Atténuer les effets de la sécheresse, s’y adapter et les gérer, afin de renforcer la résilience des populations et des écosystèmes vulnérables.
- Objectif stratégique 4 : Faire en sorte qu’une mise en œuvre efficace de la Convention procure des avantages pour l’environnement à l’échelle mondiale.
- Objectif stratégique 5 : Mobiliser des ressources financières et non financières additionnelles et importantes en faveur de la mise en œuvre de la Convention par l’instauration de partenariats mondiaux et nationaux efficaces.
L’effet escompté 2.1 de l’OS 2 est : « La sécurité alimentaire des personnes vivant dans les zones touchées est améliorée, de même queleur accès à l’eau »
L’indicateur OS2-2 est : « Évolution de l’accès à l’eau potable dans les zones touchées ». L’effet escompté 3.1 de l’OS 3 est « La vulnérabilité des écosystèmes à la sécheresse est réduite, notamment grâce à une gestion durable des terres et des ressources en eau »
Qu’en est-il de l’intégration de la société civile?
Comme dans tous les processus internationaux auxquels participe la Coalition Eau, l’enjeu de la participation active de la société civile est un enjeu incontournable pour le collectif.
Rôle du panel OSC
La société civile est plutôt intégrée au sein de la CNULCD. En effet, en amont de la COP, le CARI, ONG française de lutte contre la désertification et la promotion de l’agroécologie, organise des temps préparatoires (ateliers et webinaires), ainsi que le Sommet Désertif’Actions afin de structurer les messages prioritaires de la société civile. La Coalition Eau a participé à l’édition 2026, tenue à Djerba en Tunisie en mars, à travers ses ONG membres (Gret, SIF).
De plus, un panel officiel des OSC est constitué au sein de la CNULCD. Il se réunit chaque matin de la COP pour se répartir les prises de parole et rédiger leur contenu tout au long de la journée. Par ailleurs, toutes les sessions officielles comportent un temps de 5 à 10 minutes dédié au panel en fin de séance. Enfin, pour chaque COP, le panel OSC organise deux sessions officielles de dialogue ouvert (ODS), dont la synthèse fait partie du rapport final de la COP.
Les différents caucus
La CNULCD est composée de plusieurs caucus : genre, peuples autochtones, communautés locales, jeunes. Les membres des caucus font en général partie du panel société civile. La place des caucus s’institutionnalise progressivement au sein de la CNULCD.
Une COP 17 marquée par des blocages
Dès le début des discussions et des négociations de la COP 17, des premiers blocages sont apparus entre Etats. En effet, les Etats-Unis ont annoncé refuser que soient évoqué les enjeux de genre, de la société civile, de la synergie entre les 3 Conventions de Rio (COPs climat, désertification et biodiversité), et des migrations (les discussions sur ces 4 sujets ont donc été bloquées), sujets au cœur des revendications de la société civile associative. Ce blocage n’a pas remis en cause l’existence du panel OSC, mais en a grandement limité son rôle, notamment en bloquant son accès aux contact-groups (les groupes de négociations).
La Russie a également refusé d’adopter le rapport du Comité d’examen de la mise en œuvre de la Convention (CRIC), estimant qu’il n’y avait pas été représenté, car personne ne siégeait au CRIC pour le groupe Europe de l’est (un représentant russe avait été nommé sans concertation par la présidence azerbaïdjanaise du groupe Europe de l’est, nomination qui a été ensuite refusée par le CRIC).
Mobilisation de la Coalition Eau
Le collectif avait un objectif principal de porter et d’intégrer ses messages à l’agenda et aux réflexions de la CNULCD, afin qu’ils soient repris ensuite par les parties prenantes de la Convention. Les messages portés étaient centrés autour de deux volets clés :
- La gouvernance partagée pour une gestion de l’eau pensée comme un commun
- La promotion de l’approche par les droits humains
La Coalition Eau avait 3 objectifs secondaires pour cette COP 17 :
- S’inspirer et nourrir les demandes de plaidoyer pour d’autres espaces internationaux en matière d’intégration de la société civile, notamment les Conférences des Nations Unies sur l’eau (UN26, UN28).
- Renforcer ses messages et son expertise sur les enjeux de gestion des ressources en eau.
- Etablir et renforcer des contacts, notamment avec les bailleurs, les représentants institutionnels, les partenaires de la société civile et la recherche.
Activités réalisées
- Intervention de la Coalition Eau dans le Side event « L’eau au cœur de la lutte contre la désertification » (organisé par le Département de l’Aude, sur le pavillon France) : ce side event regroupait la majorité de l’équipe France mobilisée à cette COP (partenaires associatifs, institutions françaises, chercheurs et chercheuses) et la Coalition Eau a pu y présenter ses messages sur l’eau comme commun, la gouvernance partagée de l’eau et l’approche basée sur les droits humains.

- Participation à la manifestation de la société civile, aux côtés du panel OSC, afin de s’opposer aux différents blocages et de demander la synergie entre les 3 COP.


- Prise de parole de la Coalition Eau lors du temps OSC de l’OPEN DIALOGUE SESSION : pour porter les messages sur les communs, l’approche par les droits humains et la gouvernance partagée de l’eau. Après la prise de parole des Etats, la Coalition Eau a pu remercier les Etats pour leur soutien aux OSC, rappelant qu’il était primordial que les sujets supprimés de l’agenda – suite au blocage par les USA – soient remis à l’ordre du jour de la COP 18, avec une intégration effective des OSC. Intervention de la Coalition Eau, ici. La synthèse de cet ODS sera intégrée au rapport final de la COP 17.

Quel bilan pour cette COP?
- Les sujets liés à l’eau et à sa gestion sont émergents et encore peu portés par les acteurs habituels de la CNULCD : l’eau est mentionnée dans de nombreux side-events, mais le traitement de ces enjeux est parcellaire ou uniquement technique, alors même que l’eau constitue un objectif de la Convention. L’enjeu est désormais de poursuivre le plaidoyer sur la gouvernance partagée de l’eau et la promotion de l’approche par les droits humains, qui est à ce jour un concept plutôt absent de ce processus.
- L’enjeu de la synergie entre les trois Conventions de Rio (climat, désertification et biodiversité) : L’article 8 de la CNULCD évoque cet enjeu de synergie entre les 3 COP. L’ensemble des Etats parties à la CNULCD sont pour cette synergie, seuls les USA bloquent. Les conférences des NU sur l’eau qui auront lieu en 2026 et en 2028 (qui sera une triple année de COP) sont des opportunités pour renforcer cette synergie entre les 3 COP, en s’appuyant sur le fait que l’eau est un connecteur et une solution. La mise en place de « Water day » à chaque COP ou encore l’intégration des enjeux de l’eau aux discussions de la task force synergie qui devrait être créée à la COP 31 sur le climat, pourraient permettre de travailler à la synergie entre les 3 Conventions de Rio.
- Les acteurs du secteur de l’eau n’ont pas encore, ou très peu, investi la CNUCLD à ce jour : peu d’acteurs de la société civile, de la recherche et des institutions sont spécialistes de l’eau.
- La place du privé dans cette COP : les entreprises privées ont une place croissante, une légitimité reconnue, et plusieurs espaces dédiés au sein de la CNULCD. Elles sont plus audibles que la société civile auprès des Etats et des institutions onusiennes dont UN-Water (avec enjeu le financement de la lutte contre la désertification). Cela peut comporter des risques pour la vision portée par les associations de l’eau comme commun comme le fait de « donner un prix à l’eau » ou de « dérisquer le marché de l’eau ».
- La société civile est intégrée de manière concrète et institutionnalisée dans le processus et y est préparée : cette intégration est à préserver et à consolider. L’enjeu est désormais de pousser à une structuration plus forte du panel OSC et d’interpeller le secrétariat de la CNULCD afin de protéger la place de la société civile.
- La France est très investie dans cette COP : l’équipe France a été très impliquée et engagée dans cette COP. Cet investissement pourrait permettre de pousser des propositions au niveau de la CNULCD mais aussi au niveau de l’UE.

Pour aller plus loin
- Documentation produite par le CARI : notes de recommandations de la société civile pour la COP17, notes de décryptages de la CNULCD, rapport final du sommet Désertif’Actions2026, ici
- Note du CARI, « Construire collectivement la sécurité hydrique, un impératif », ici
- Communiqué de presse du CARI « COP17, un multilatéralisme entravé et des populations rurales à remettre au cœur de l’action », ici
- Call for action: Threats to Global Environmental Governance, Dry Net, ici / Site internet Dry Net, ici
- Messages du secours catholique, ici