Forum Mondial de l'eau

Les Forums Mondiaux de l’Eau : une opportunité pour la cause de l’eau ?

Un espace d’échanges multi-acteurs

Plus grand rassemblement des acteurs de l’eau, le FME s’est progressivement imposé comme une arène privilégiée de débats et d’échanges. Pour beaucoup, chacune de ses éditions est une occasion de se rencontrer, d’échanger des expériences et de témoigner en présence d’un très grand nombre d’acteurs. Le Forum permet de mettre en lumière la question de l’eau et d’alimenter le débat sur certaines thématiques qui animent le secteur (gouvernance de l’eau, gestion intégrée des ressources, coopération…).

Le Forum est également l’occasion de créer des dynamiques nationales, stimulant les dialogues et réflexions entre acteurs du secteur et avec les autorités, à l’image des forums nationaux de l’eau et de l’assainissement organisés par plusieurs pays africains en amont de l’événement mondial.

Une légitimité contestée et une portée politique relative

Si le FME a pris progressivement de l’envergure, il n’en a pas moins subit des critiques dès son origine, du fait des liens entre le Conseil Mondial de l’Eau et les grandes entreprises du secteur de l’eau. Ainsi, les participants aux Forums Alternatifs Mondiaux de l’Eau (FAME) regrettent une influence supposée des multinationales de l’eau sur le Forum, son aspect « Foire exposition » ou encore le coût financier élevé de cet événement.

En l’absence de mandat onusien, la portée politique du Forum est limitée. Les déclarations ministérielles, négociées pour chaque Forum, doivent servir d’impulsion à l’action de la communauté internationale. Cependant, ces déclarations – sans valeur juridique aucune – pâtissent d’un réel manque de portage politique. Il est difficile d’évaluer leur influence concrète sur les politiques nationales et internationales des pays. En outre, le FME ne dispose d’aucun mécanisme de suivi des engagements et n’a jamais fait l’objet d’évaluation quant à son impact.

Une place de la société civile jamais acquise

Le FME s’est petit à petit ouvert aux ONG/OSC, ainsi qu’aux mouvements de jeunes et de femmes, avec la participation croissante d’organisations de la société civile aux sessions thématiques du Forum, puis, plus tard, avec des invitations à participer aux différents processus préparatoires du Forum.

Cependant, l’intégration de la société civile est variable d’un Forum à l’autre : très développée lors du 6ème FME à Marseille en 2012, elle l’a beaucoup moins été en 2015, lors du 7ème FME en Corée du Sud. Le « Forum citoyen », émanation du processus citoyen du FME, parfois très isolé, n’a que peu d’écho et le soutien financier pour la venue de partenaires du Sud est souvent très limité et difficile d’accès.

L’Agenda 2030, une opportunité pour de nouveaux espaces stratégiques ?

Face aux difficultés du Forum et suite à l’adoption de l’Agenda 2030 du Développement Durable des Nations Unies, de nouveaux espaces émergent pour renforcer les échanges intergouvernementaux sur les problématiques de l’eau. C’est le cas du Forum Politique de Haut Niveau sur le développement durable, où les Etats membres des Nations Unies sont invités à rendre des comptes réguliers sur la mise en œuvre des Objectifs de Développement Durable (ODD), dont l’ODD 6 sur l’eau et l’assainissement. D’autres opportunités pourraient également voir le jour, puisqu’un groupe d’États, dont la France, portent la proposition de créer un mécanisme intergouvernemental onusien dédié spécifiquement au suivi de l’ODD 6. La société civile doit donc investir ces espaces pour s’assurer que les engagements sont respectés et que des mesures correctrices sont prises pour faire face aux enjeux mondiaux actuels.

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