Forum Mondial de l'Eau

9ème Forum Mondial de l’Eau : des ambitions revues à la baisse

Organisé avec une année de retard, en raison de la pandémie, le Forum Mondial de l’Eau (FME) a lieu pour la première fois en Afrique subsaharienne, à l’initiative du Sénégal, pays-hôte de cette édition et co-organisateur avec le Conseil Mondial de l’Eau.

Ce Forum a fait naitre de nombreux espoirs. L’ambition était de marquer une rupture avec les forums précédents, par un cadre d’action renouvelé et par une mobilisation politique de grande ampleur autour de deux sommets de chefs d’Etats mondiaux et africains (sommet extraordinaire de l’Union Africaine). Le Conseil Mondial de l’Eau et le Sénégal assuraient également vouloir accorder une place importante à la société civile dans le travail programmatique et politique.

La société civile : la grande absente ?

Malgré la volonté affichée des organisateurs de promouvoir la participation de la société civile, celle-ci se heurte à de multiples blocages : des frais d’inscriptions et d’exposition inaccessibles pour une bonne partie des associations, la mise en place très tardive (à 2 semaines du Forum) d’un mécanisme de soutien financier, le manque de porte-paroles à l’Ouverture ou dans les segments politiques de haut niveau.

S’ajoutent également les difficultés de déplacement liées à la pandémie, pour un événement organisé dans un format uniquement présentiel, et qui devrait logiquement connaitre une mobilisation moindre de toutes les catégories d’acteurs.

Plusieurs ONG internationales se sont impliquées dans le travail programmatique, depuis plusieurs années, pour inscrire leurs priorités à l’agenda du Forum. Cependant, les partenaires aux moyens limités, les plus petites associations, les représentants de communautés et d’usagers seront difficilement représentés.

Des efforts ont cependant été faits en direction des jeunes, avec la mise en place d’un tarif jeune à bas coût, ce qui a permis une ouverture du forum à la jeunesse mondiale.

Mais la tendance est que, d’édition en édition, la place de la société civile évolue de façon aléatoire au sein des FME. Ce manque d’inclusivité ne fait qu’affaiblir les résultats et la crédibilité du processus des FME dans son ensemble.

L’échec d’une mobilisation politique forte

Alors que l’organisation de deux sommets de chefs d’Etats mondiaux et africains était annoncée, ces derniers n’auront pas lieu. Le manque de communication autour du volet politique du Forum laissaient présager un tel échec, aucune nouvelle n’ayant été communiquée à propos de ces événements depuis le début du processus préparatoire.

Si quelques chefs d’Etats ou leurs représentants sont invités pour la Cérémonie d’ouverture, les prises de paroles individuelles n’ont cependant rien à voir avec un véritable sommet politique qui aurait permis des négociations et des décisions collectives qui s’imposent face à la crise de l’eau. Au rythme actuel, 107 pays ne sont pas en bonne voie pour garantir une gestion durable de l’eau ni l’accès universel à l’eau et à l’assainissement en 2030.

S’agit-il d’un problème d’organisation ou d’un manque de volonté politique ? Quoiqu’il en soit, le peu d’intérêt porté par les décideurs à cet événement place le Forum dans une impasse : nous constatons, une nouvelle fois, ses difficultés à émerger comme une véritable rencontre de haut niveau et à faire avancer l’agenda politique international pour l’eau et l’assainissement.

Pour un espace politique démocratique et inclusif à l’ONU

Relever le défi d’une gestion durable et d’un accès universel à l’eau n’est pas impossible, mais cela nécessite une action politique urgente.

Puisqu’il n’existe actuellement aucun espace où les Etats peuvent se rassembler, négocier et coordonner leurs efforts dans le domaine de l’eau, il est temps de résorber ce vide politique.

Alors que dans un an se tiendra à New York la Conférence des Nations Unies sur l’eau, première conférence intergouvernementale dédiée à l’eau depuis 1977, nous appelons à la création d’un comité intergouvernemental dédié à l’eau au niveau de l’ONU, seul espace véritablement légitime où chaque pays dispose d’une voix. Ce cadre global doit avoir pour mandat de réunir régulièrement les États, mobiliser leur volonté politique et d’accélérer et coordonner les efforts pour assurer la mise en œuvre et le suivi des objectifs internationaux.

L’implication des organisations de la société civile dans les conférences internationales doit être sécurisée à travers des mécanismes de participation institutionnalisés, comme c’est le cas pour les mécanismes onusiens (ECOSOC).

Alors, pourquoi se mobiliser au Forum Mondial de l’Eau ?

A l’heure actuelle le FME reste le plus grand rassemblement mondial des acteurs de l’eau. Il constitue une arène d’échanges multi-acteurs sur les enjeux de l’eau et de l’assainissement.

Nombre d’ONG du secteur souhaitent y valoriser leurs actions, présenter leurs propositions et solutions, rencontrer les partenaires internationaux et développer leurs réseaux. La Coalition Eau se mobilise ainsi pour favoriser la participation de la société civile française, africaine et internationale, avec l’Effet Papillon, mouvement mondial d’ONG/OSC. Les associations partageront également leurs demandes aux Etats lors de RDV avec les décideurs présents.

C’est aussi l’occasion d’organiser des activités avec la société civile locale, nationale et régionale : la Coalition Eau organisera en marge du Forum un atelier régional rassemblant les collectifs de la société civile de 10 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Elle sera également mobilisée au Forum Alternatif Mondial de l’Eau, organisé en parallèle du Forum officiel.

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