Journée Mondiale de l’Eau

L’accès à l’eau et à l’assainissement, fondamental pour l’égalité des genres et la justice sociale

,

La Journée Mondiale de l’Eau, le 22 mars, a pour thème cette année « l’eau, source d’égalité entre les genres ». L’accès à l’eau potable et à l’assainissement est un droit humain fondamental, qui reste hors de portée pour des millions de femmes et de filles. Elles subissent une discrimination systémique dans de nombreux aspects de leur vie : le manque d’accès à l’eau et aux services d’assainissement constitue un obstacle supplémentaire qui réduit leurs possibilités de participer pleinement à la vie de leur communauté, d’accéder à l’école ou au travail et, plus largement, de s’épanouir et de réaliser leurs projets de vie.

Les inégalités hommes/femmes en matière d’accès à l’eau et à l’assainissement

Les constructions sociales sur les genres assignent souvent aux femmes des tâches domestiques. Ainsi la collecte d’eau est majoritairement réalisée par les femmes : lorsque l’accès à l’eau est absent ou défaillant, c’est le plus souvent aux filles et aux femmes de couvrir de longues distances pour aller chercher de l’eau[1]. C’est une tâche chronophage (jusqu’à 3 ou 4 h par jour dans certains territoires) qui empiète sur le temps scolaire, le travail et les autres activités.

Le manque d’accès à l’eau et à l’assainissement est une des principales causes d’absentéisme scolaire des filles. Outre la corvée d’eau, les filles peuvent également manquer l’école pendant leurs menstruations quand leur établissement scolaire n’est pas doté de toilettes, d’espace intime et d’accès à l’eau et à du savon. C’est souvent une cause de déscolarisation à l’âge de la puberté, lorsque les adolescentes comment à avoir leurs règles.

C’est aussi une problématique de santé pour les femmes : par exemple, lors de l’accouchement, les mères et les nouveau-nés sont susceptibles de contracter des infections si les conditions d’hygiène sont mauvaises. L’absence de gestion adéquate de la santé menstruelle peut également entraîner des risques accrus d’infections, de malaises et d’effets négatifs sur la santé mentale.

Le manque d’installations d’eau, d’assainissement et d’hygiène adéquates conduit souvent femmes et filles à éviter une forme de vie publique et collective. Les lacunes matérielles en matière d’hygiène dans les institutions publiques, au travail, à l’école, dans l’espace public etc. peuvent les empêcher de fréquenter ces lieux[2]. La menstruation restant un sujet encore largement tabou, les personnes chargées de la conception des systèmes d’assainissement, souvent des hommes, ne prennent pas, ou pas assez, en considération ce besoin des femmes et des filles.

La problématique de l’accès à l’eau et à l’assainissement est également, pour de nombreuses femmes, synonyme de violences physiques et morales. Elles peuvent être exposées à des risques d’agressions sexuelles lorsqu’elles exécutent la collecte d’eau ou lorsqu’elles sont contraintes de faire leurs besoins à l’extérieur et de s’éloigner des zones d’habitations. La contrainte de fréquenter des services mixtes (pour les toilettes, les douches, les espaces d’hygiène) augmente le risque de se faire agresser.

Les filles et les femmes sont également soumises au risque de « sextortion » : l’exploitation sexuelle en échange de volumes d’eau. Des personnes profitant d’un abus de pouvoir, demandent des faveurs sexuelles plutôt que de l’argent aux écolières par exemple. Les victimes de sextortion souffrent de conséquences physiques, psychologiques et sociales et ne cherchent pas d’aide à cause d’un sentiment de honte, de la peur de représailles et du manque d’accès à la justice.

Ainsi, l’accès universel à l’eau et à l’assainissement est un des éléments fondamentaux de la lutte pour l’égalité entre les genres et la justice sociale.

Les recommandations de la Coalition Eau 

Pour résoudre la crise de l’eau et de l’assainissement, il faut une approche basée sur les droits humains qui reconnaisse pleinement la voix et l’action des femmes.

A quatre ans de leur échéance, il est nécessaire d’accélérer la mise en œuvre des Objectifs de Développement Durable au travers desquels les Etats se sont engagés à « Réaliser l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles » (ODD n°5) et « Garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement » (ODD n°6).

Les États doivent veiller à ce que les installations d’eau, d’assainissement et d’hygiène soient disponibles et accessibles pour toutes et tous (domiciles, écoles, hôpitaux, lieux de travail, marchés, lieux de détention et espaces publics) et à ce que les besoins spécifiques des femmes et des filles soient incorporés dès la conception de ces installations. La construction des politiques de l’eau et de l’assainissement fait souvent appel à une expertise technologique, et les processus de consultation sont rarement inclusifs. Les femmes, exclues ou en marge des instances de participation citoyenne en raison de leurs rôles sociaux qui les confinent dans la sphère privée, ne sont que très faiblement parties prenantes dans ces lieux de construction des projets.

Ainsi les politiques et les projets d’amélioration de l’accès à l’EAH doivent :

  • Garantir la participation des femmes à la prise de décision et à la planification ;
  • Recueillir des données sexo-spécifiques et poser un diagnostic genre ;
  • Définir des objectifs en matière d’amélioration sur le genre (réduction inégalités, empouvoirement…) ;
  • Assurer un budget adéquat pour permettre le diagnostic sexo-spécifique, les dispositifs de formation et de participation des organisations de femmes ;
  • Mettre en place des subventions ou des mécanismes d’accès au crédit ciblant les ménages pauvres et/ou dirigés par des femmes pour favoriser leur accès à l’eau et à l’assainissement ;
  • S’assurer que l’équipe porteuse du projet soit convaincue de l’intérêt de l’approche genre, et étayer cette conviction par des formations spécifiques ;
  • Conduire des sessions de sensibilisation pour les bénéficiaires des projets, les autorités locales, et les services de santé.

La représentativité des femmes dans les instances de décision et de conception des programmes d’eau et d’assainissement n’est effective qu’à condition qu’elles puissent librement s’y exprimer. C’est pourquoi il est nécessaire d’y associer un travail de déconstruction des rôles liés au genre et d’empouvoirement des femmes. Plus généralement, il s’agit de faire progresser la lutte contre les préjugés sexistes liés à l’identité de genre ou à l’orientation sexuelle.

Pour aller plus loin :


[1] Les femmes et les filles sont principalement responsables du transport de l’eau. (JMP OMS/UNICEF 2025), ici.

[2] Par exemple, aux Comores, seulement 66 % des filles âgées de 15 à 19 ans ont déclaré participer « à la vie de tous les jours » pendant leurs menstruations (JMP OMS/UNICEF 2025), ici.