AIDE PUBLIQUE AU DEVELOPPEMENT

Les consequences des baisses d’APD sur les ONG eau et assainissement

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La Coalition Eau a mené une enquête consacrée aux impacts des récentes coupes budgétaires et baisses des financements d’aide au développement sur les ONG françaises du secteur de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (EAH).

Dans un contexte de recul inédit des financements de la solidarité internationale, cette étude vise à documenter les conséquences concrètes de ces réductions sur les organisations de la société civile, leurs partenaires et les populations.

Les résultats de cette enquête ont été présentés lors d’un atelier de bilan annuel de la coopération internationale pour l’eau et l’assainissement, organisé par l’AFD, en partenariat avec le Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères (MEAE), le pS-Eau et la Coalition Eau le 22 juin dernier.

Un choc financier mondial qui fragilise la solidarité internationale

Après une première diminution en 2024, l’aide publique au développement (APD) mondiale devrait encore reculer de 9 à 17 % en 2025 selon l’OCDE. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, les principaux bailleurs historiques (Allemagne, États-Unis, France et Royaume-Uni) réduisent simultanément leurs financements. Le secteur EAH est directement concerné : les engagements mondiaux sont passés de 9,4 à 8,5 milliards de dollars en un an (rapport GLAAS).

D’après l’étude de Coordination Sud intitulée « La solidarité internationale en péril, impact des coupes budgétaires dans l’aide publique au développement » (enquête réalisée auprès de 62 associations de solidarité internationale (ASI) françaises, publiée en novembre 2025), depuis 2024, la baisse des financements a touché 94% des ONG françaises.

Les financements destinés aux organisations de la société civile issus de l’AFD et du MEAE ont respectivement diminué de 46 % et 65 % entre 2024 et 2025. À l’international, le retrait massif de l’USAID a créé un vide financier que les bailleurs européens ne comblent pas.

Les impacts sur les ONG françaises du secteur EAH

15 ONG françaises du secteur de l’EAH ont répondu à l’enquête menée par la Coalition Eau (quatre d’entre elles étant spécialisées en EAH et onze sont des organisations multisectorielles). Trois quarts des ONG répondantes se déclarent dans une situation « de fragilité » ou avec des « problèmes sérieux ». Les coupes et réductions des financements prennent des formes diverses comme l’arrêt brutal (USAID), la réduction des enveloppes octroyées, la suppression d’appels à projets, la fin de récurrences, des gels et retards administratifs…

Les premières conséquences concernent les populations. L’étude estime qu’au moins 1,2 million de personnes sont affectées par l’arrêt, la réduction ou le report de projets dans le domaine de l’EAH, un chiffre probablement sous-estimé car toutes les structures n’ont pas pu fournir de données. Le Burkina Faso et, plus largement, les pays du Sahel figurent parmi les territoires les plus touchés, en raison d’un effet combiné des baisses d’APD et des décisions d’arrêt de la coopération avec certains pays.

Les coupes budgétaires fragilisent également les organisations et leurs partenaires locaux. 5 des 15 organisations interrogées font état de réduction d’effectifs EAH, avec notamment des plans sociaux au siège des organisations. Les équipes locales dans les pays d’intervention sont toutefois les plus touchées. Selon Coordination SUD, les effectifs des bureaux pays ont diminué de 18 %. Plusieurs ONG ont engagé des restructurations, tandis que les partenaires locaux doivent faire face à une perte de crédibilité auprès des communautés et à une remise en cause des dynamiques de localisation de l’aide.

S’adapter face à l’incertitude

Face à cette situation, les organisations développent différentes stratégies pour préserver leurs activités.

La diversification des financements constitue un levier central. Plusieurs structures cherchent à renforcer leurs partenariats avec de nouveaux bailleurs institutionnels, notamment dans les pays nordiques ou du Golfe, ou en développant davantage les fonds privés.

Parallèlement, des mesures de rationalisation sont mises en œuvre : mutualisation de ressources, fusion de bureaux pays, réorganisation interne ou révision accélérée des priorités stratégiques. Toutefois, de nombreusesincertitudes demeurent sur l’évolution des financements ce qui crée des difficultés pour les structures, pour se projeter et anticiper les projets à venir.

Aller plus loin

Consulter la présentation PPT de l’enquête en téléchargement ci-dessous